Le Rhône et Lyon forment un couple uni par plus de deux mille ans d’histoire. Longtemps la ville est restée méfiante vis-à-vis du fleuve et de ses crues, et le Rhône servit d’ailleurs de frontière entre le royaume de France et les terres d’Empire, au Moyen Age, puis entre le Lyonnais et le Dauphiné. La navigation était plus active sur la Saône, qui passait au cœur de la ville.
L’inondation de 1856 est restée célèbre par l’ampleur de ses dégâts mais aussi par les répercussions qu’elle entraîna, comme l’interdiction de reconstruire les immeubles en pisé sur la rive gauche du Rhône.

Les années 1970-1980 sont marquées par un certain nombre d’alertes sur la dégradation écologique du fleuve. D’une part, la pollution accidentelle des eaux, due à des déversements d’usines chimiques, est médiatisée et fait l’objet de contestations judiciaires. Le maire communiste de Givors, Camille Vallin, anime une Association de défense de l’environnement qui regroupera des dizaines de municipalités, de la région lyonnaise jusqu’à l’embouchure du fleuve.
D’autre part, les travaux des scientifiques et l’activité de l’agence de bassin conduisent à repérer plus précisément les menaces chroniques pour la faune aquatique. C’est ainsi que survient la «première» crise des PCB, étudiée récemment par Aurélien Féron (thèse soutenue en 2019), et que se structure une communauté de recherche qui s’est étoffée au fil des années, devenant un Observatoire Hommes-Milieux Vallée du Rhône. Les nombreux partenariats développés ont permis d’étudier l’impact des crues, mais aussi les perceptions des inondations à travers l’histoire, et de mettre en place des actions de remédiation aux effets négatifs des aménagements lourds qu’a subis le fleuve depuis la fin du XIXe siècle, comme les « casiers Girardon », dénommés d’après un ingénieur en chef de cette époque qui voulut faciliter la navigation. La transition environnementale est une affaire de priorités d’action, et se traduit de façon très concrète par des recherches sur la remise en eau des lônes abandonnées et la rectification des aménagements Girardon. Mais quel doit être le « Rhône de référence » pour une remise en bon état écologique ?

Sélection de références :

Béthemont Jacques et Bravard Jean-Paul, Pour saluer le Rhône, Lyon, éd. Libel, 2016. Recension ici : https://journals.openedition.org/mediterranee/8604
Comby Emeline, Les discours de presse sur les reconquêtes du Rhône lyonnais (2003-2010) », Géocarrefour, 88 (1), 2013, 31-43, téléchargeable ici : https://journals.openedition.org/geocarrefour/8917
Pritchard Sara, Confluence. The Nature of Technology and the Remaking of the Rhône, Harvard University Press, 2011.
Rossiaud Jacques, Le Rhône au Moyen-Age, Aubier, 2007.
Rossiaud Jacques, Dictionnaire du Rhône médiéval, identités et langages, savoir et techniques des hommes et du fleuve (1300-1550), Grenoble, Centre alpin et rhodanien d’ethnologie, 2002. Recension ici : https://journals.openedition.org/geocarrefour/293